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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 16:39
Entre Saturne et Jupiter, à l’écart des routes habituelles flottaient les deux C-1 et un Zeus en piteux état. Des cosmonautes engoncés dans les lourdes tenues de travail en espace réparaient le mastodonte. L’ingénieur en chef contemplait les impacts profonds dans la coque du géant de divers alliages. Une sacré chance que les légionnaires s’en sortent aussi bien. Ils travaillaient d’arrache pied depuis 24h, sans prendre de repos. Le nez du classe Zeus, renommé depuis peu le Z-TS Jupiter, représentait un véritable challenge. Les boucliers de protections n’existaient plus. Un système de champ magnétique les remplaçaient grâce au génie de Hencock. Ce gars avait au moins 100 idées à la seconde et toutes réalisables. L’ingénieur tourna la tête à l’intérieur de son scaphandre. Le colonel Hencock arpentait la coque depuis bientôt trois heures. Il cherchait quelque chose. Mais quoi ?

La salle de réunion du Zeus bruissait de murmures tendus. Les différents officiers supérieurs occupaient les divers sièges. On attendait le colonel Hencock, commandant la mission. Assit dans un coin, un cigare éteint au coin de la bouche, le capitaine d’Erico fronçait les sourcils en voyant des militaires si angoissés. Ils n’osaient pas regarder la vérité en face ou quoi ? La Terre avait envoyé des missiles sur les Zeus. Alors de deux choses l’une. Soit quelqu’un comptait prendre par surprise une quelconque force d’intervention ennemie, soit on voulait effacer des preuves. Jusqu’à preuve du contraire, à part l’Amiral, nul n’était censé savoir que les C-1 seraient dans les parages. Le sas d’entrée livra soudain le passage à un scaphandre de cosmonaute. La tête d’Hencock paraissait minuscule dans cet énorme exosquelette. L’ensemble de la pièce se leva. Le colonel les dévisagea, longuement. L’air ridicule de l’officier commandant ne fit sourire personne. Son visage d’ordinaire calme et réfléchi reflétait son incompréhension et sa peur. D’Erico se leva lentement à son tour. Il claqua un « A vos rangs fixe ! ». Dans un vieux réflexe la salle se mit au garde-à-vous.
-Mon colonel, l’ensemble de l’Etat-Major est rassemblé, à l’exception des second en charge des navires. Repos ! Hencock hocha la tête, conscient qu’il devait se reprendre. Un signe et son aide de camp l’aida à sortir de son scaphandre. Il portait une tenue non réglementaire en dessous. Des sourires naquirent aux bords des lèvres des officiers. Le t-shirt du colonel portait une devise du début du 20eme siècle : Vikings 2000 for Ever… Henri demanda le silence et après une rapide inspiration se lança. Comme à son habitude, il fut bref :
-Le sujet est délicat. En ce moment même, si on se reporte au plan établit avant notre départ, les flottes doivent être en mouvement pour frapper Pluton… Mais je ne suis pas certain qu’il y ait quelque chose aux environs de Pluton. Quand les classes Zeus ont été créés, les ingénieurs ont eu la bonne idée de mettre des mouchards consultables par eux seuls, connus d’eux seuls. Une sorte de précaution. Nous sommes un peu paranoïaque. J’ai retrouvé un des mouchards. Il indique clairement que la flotte de Jupiter n’a pas été attaquée. Les Zeus ont ouvert le feu sur l’escorte et dans le même temps ont ordonné l’ouverture des sas et la dépressurisation de l’ensemble des vaisseaux. Ce n’est pas un virus… L’ordre a été implanté à la conception des navires. Tous les vaisseaux sont potentiellement porteur de cet ordre. Y compris les C-1.
 La salle s’agita incrédule.
 -S’il vous plaît… Je suis un des concepteur des C-1. J’ai donc rapidement nettoyé les bases de données de nos vaisseaux, et chargé un programme propre. L’inconvénient c’est que pour le moment nous sommes incapable de naviguer en mode C-1 car nous n’avons pas les données astronomiques nécessaires. C’est dans ce dossier qu’étaient implantés les ordres. Nos astronautes travaillent dur pour mettre en place un nouveau dossier. Henri se laissa tomber dans un fauteuil.
-La question que je pose est la suivante : qui sur Terre veut une guerre fantoche ? Les officiers prirent place en silence, se regardant les uns les autres, incrédules.
-La guerre est donc fausse, vous en êtes certain ? demanda le commandant Coast. -Il y a une seule façon de le savoir : aller faire un tour du côté de Pluton. Juste une apparition et prendre toutes les données possible et revenir ici, lança Ackerman.
-Si la guerre est fausse, si c’est bien cela, à l’heure qu’il est, nous sommes les seuls au courant. L’Amiral, soupçonnait quelque chose pour nous avoir envoyé ici ? demanda Oliver.
-Je n’en sais rien, maugréa Hencock. Il faut agir. Coast, vous allez en mission de reconnaissance vers Pluton. Pendant ce temps nous poursuivons les réparations sur le Jupiter. Ackerman, préparez vous pour un saut au plus proche de la Lune et donc du Leadership. Il vous faut à tout prix entrer en contact avec l’Amiral Soul. Si vous êtes menacé, d’une manière ou de l’autre, revenez ici.
Tous remarquèrent le manquement volontaire d’Hencock dans l’utilisation des grades. Ils savaient ce que cela sous-entendait… Un refus de la chose militaire. Une attitude compréhensible. Après tout, à part lui, tous ici étaient des militaires de carrière.

 Le commandant Coast cligna des yeux. A travers le liquide protecteur il distingua les dernières données mises en boite par les astronautes établis sur le Jupiter. L’équipage de son C-1 se composait du strict nécessaire afin de donner un équipage au classe Zeus. Il regrettait son second, bombardé commandant du vaisseau lourd. Une promotion inespérée. Il donna les ordres. Le C-1 bondit dans l’espace et disparu. Avant de se matérialiser avec une précision époustouflante à quelques mètres de l’atmosphère de Pluton, dans une trajectoire tangente. Coast observait l’écran tactique. Il n’aurait que quelques secondes pour faire le point de la situation. Il souffrait du handicap du saut. L’ennemi le repérerait avant. Trois secondes de latence entre l’apparition du bâtiment et le retour en ligne des ordinateurs de bord. Il le savait. Il inspira lentement, comptant les secondes. A trois, l’écran tactique s’afficha au milieu de la salle. Il écarquilla les yeux. Une titanesque flotte de vaisseaux de types inconnus manœuvraient autour de la planète.
-Signatures missiles ! hurla l’officier radar.
 -Chasseurs sur nous ! ajouta-t-il d’une voix plus calme.
-Dégagement ! dégagement ! gronda Coast. Contre-mesures ! et engagez la procédure C-1 comme convenu.
 -C-1 dans une minute. Contre-mesures efficaces à 90%, commandant. Chasseurs arrivent par tribord, commenta l’aspirant Hillman, une jeune femme du bloc Asiatique, nouveau second de Coast
-On tient le coup ! Feu sur les chasseurs, balancez la sauce sur les missiles.
Le C-1 fit un premier bond. Il cracha ses missiles et contre-mesures, noyant l’espace derrière lui d’une corolle d’engin de mort. A son deuxième bond, un seul missile ennemi restait actif. Les chasseurs s’évertuaient à éviter les menaces. Au troisième bond, le missile explosa alors que le vaisseau passait en mode C-1.

L’Amiral Soul se réveilla en sursaut. L’appel d’urgence ne retentissait pas. Pourtant, son aide de camp le secouait par l’épaule. Frédéric Soul se leva d’un mouvement fluide. L’aide de camp, Manuel Zerty lui passa un uniforme sombre de la spatiale. L’Amiral haussa un sourcil. Manuel mit un doigt devant ses lèvres pour intimer le silence. Ainsi on en était là. Les C-1 avaient certainement trouvé quelque chose d’important. Soul s’habilla et suivit Manuel par un sas dérobé. Après quelques minutes de marches dans un couloir orangé, ils débouchèrent dans une petite salle de réunion, tout à fait secrète, inconnue des plans du vaisseau. Manuel sortit un petit objet qu’il posa au milieu de la pièce après l’avoir activé. Il se tourna vers son supérieur.
-Monsieur, le commandant du Redstorm est là. Elle vient d’arriver et dit posséder des informations importantes.
-Bien Manuel, faites la entrer. L’aide de camp baissa la tête et actionna l’ouverture d’un autre sas. Emma Ackerman s’avança, le visage fermé. Elle se mit au garde-à-vous devant l’Amiral.
-Repos commandant. Parlez, vite et bien. Emma l’informa dans les moindres détails, d’une traite de toute l’histoire. L’Amiral resta silencieux durant tout le récit. Il se leva, arpentant la salle. Il s’arrêta devant un fauteuil de cuir noir, caressant distraitement la matière à la fois froide et douce.
-Je ne comprends pas, murmura-t-il en se retournant doucement vers Emma. Je ne comprends pas. Je soupçonnais un coup fourré, mais là… c’est pire que tout ce que j’envisageais. Je… L’Amiral pencha la tête de côté, le visage concentré. Il pesta et empoigna Emma par le bras, la tirant vers un sas.
-Fuyez, on vient. J’ai été trahi. Dites à Hencock d’appeler le programme Enoch de son data. Il ne faut pas que vous tombiez entre les mains de nos ennemis. Il la poussa dans le couloir. Emma tenta de poser une question mais le sas s’était refermé.
Soul alla s’asseoir tranquillement dans le plus grand des fauteuils. Il prit soin de revêtir la tunique d’Amiral qui Manuel avait posé dessus. Il alluma un cigare et ferma les yeux. Ainsi tous ce que les fous du Cercle Pourpre racontaient se révélaient vrais. Le pire génocide que l’humanité connaîtrait depuis la Shoah… Il déglutit. Le chuintement du sas remplit le silence. Il ouvrit les yeux. Paul Serva se tenait dans l’embrasure. Un fertile… Pour commencer le massacre. Sacrée ironie.
-Amiral Soul, vous êtes aux arrêts, veuillez me suivre.
-Colonel Serva… Pour quelles raisons ?
 -Pour conspiration contre l’Humanité et tentative de déstabilisation des armées en temps de guerre. Soul esquissa un sourire. Il se leva lentement. Il souffla la fumée de son cigare vers le plafond avant de le poser dans le cendrier. Il lissa sa tunique. Manuel faisait toujours bien les choses. Les médailles étaient surtout là pour cacher la bosse de l’arme qu’il avait dissimulé dans la poche intérieure. Une bonne initiative de la part de son fidèle aide de camp. Mais Soul ne pouvait pas attenter à la vie d’un Fertile. Il s’avança vers le colonel. Ce dernier tendit la main. Ah… il devait avoir un informateur. L’Amiral déposa l’arme sur la paume de Serva. Avec une moue volontaire, il s’engagea dans le couloir. Son visage se figea soudain dans une mimique de surprise totale. Il tomba à genoux et s’effondra sur le sol, un trou béant à la place du front. Serva tendait encore l’arme au bout de son bras. Il n’avait pas hésité à tirer. Un stero en moins. Ses semblables suivraient. Les mâchoires de Manuel Zerty se crispèrent quand l’image de contrôle montra le meurtre de celui qu’il était chargé de protéger. La tête de l’aide de camp s’affaissa lentement vers le bas. Les yeux dans le vide, Manuel se remémora les ordres de feu l’amiral Soul. Il inspira par le nez, rapidement et s’activa dans la petite salle qu’il occupait. La suite des évènements présentait une somme d’incertitudes trop nombreuses. Manuel devait faire des choix. Les bons ? Il enfila sa vieille tenue de la Légion : toujours aussi seyante. Après un bref regard à l’antre qu’il abandonnait il s’engagea en courant dans la coursive principale. Sa tenue et son attitude déterminée étonnèrent les rares personnels de factions. Il déboucha en trombe dans l’anti-chambre de la salle de l’Etat-Major. Les gardes de la spatiale le reconnurent mais tentèrent de lui barrer le passage, braquant leurs armes sur lui. Manuel se laissa glisser, en position de tacle. Il faucha le premier soldat et d’un geste vif envoya une fine aiguille dans la jambe de l’autre qui s’effondra, endormi. Il termina d’assommer le garde. Rapide, il retrouva sur ses pieds. L’alerte devait maintenant être donnée. Il extirpa un passe et l’enfonça dans la commande de la porte. Après quelques micro secondes le sas s’ouvrit. Le contre-amiral Lander se retourna d’un seul bloc, les yeux plissés. Une vilaine estafilade courait de son front au cou, baignant son uniforme de sang. D’autres officiers gisaient sur le sol, la table, les fauteuils. Elle reconnue l’aide de camp de l’Amiral.
-Quartier Maitre Zerty ! Que diable se passe-t-il ici ? murmura-t-elle en rechargeant son arme et en inspectant les corps à la recherche de survivants.
-Amiral, vous êtes maintenant l’officier le plus haut gradé de cette flotte. Il faut partir. L’Amiral Soul vient d’être abattu par le colonel Serva. Nous devons vous mettre en sécurité et rejoindre rapidement la flotte de combat la plus proche.
-Serva ? Soul… Mort… elle fixait le sol, incrédule. Sa main ferma les yeux d’Ingrid Lander, sa sœur cadette, commandant de la 2eme flotte. Ses narines se pincèrent de colère.
-Je suis désolé Amiral, mais nous devons faire vite. Le Leadership est perdu.
-Je vous suis Quartier Maître… Mais pour récupérer le Leadership, certainement pas pour l’abandonner.
-Adjudant. Je suis adjudant du 2eme Régiment d’assaut de la Légion Amiral… Sans attendre de réponse il se précipita vers un pan de mur. Il actionna une commande cachée et ils s’avancèrent dans un couloir minuscule. Manuel ne transpirait pas. Il avait peur toutefois. Peur de faillir aux ordres de celui qui fut son seul ami. Soul l’avait sorti de la rue après la dissolution de son régiment suite au coup d’Etat manqué que le bloc franglais tenta contre la Pax Americana. Accusé d’avoir soutenu le général de brigade Rulot le 2eme Régiment d’Assaut ne pouvait pas rester actif. L’Amiral lui avait donné une seconde chance
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Published by Isangeles - dans Scénarios
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commentaires

foxxy1 24/11/2008 17:00

Voilà un épisode vraiment comme j'aime à lire, de la bonne SF !!
Bravo Isangeles

Isangeles 25/11/2008 13:34


:$ merci :)


choule[bnkr] 01/11/2008 10:23

et ben. Sacré scénario. Tu as dû y passer du temps.